Cher journal
Cher journal,
Je crois que je viens d'enterrer bêtement et définitivement mes chances de renouer avec l'amour de ma vie.La vie devient si futile et fade que je me demande encore comment j'arrive à ne pas la vomir.
Il y a quelques heures ma mère m'a appelé en pleurs pour me dire qu'elle se battait pour moi afin de ne pas se suicider. A la croire, seule la promesse qu'elle m'a faite la tient encore en vie. Et je suis là, à me lamenter pour de simples histoires de c½urs. Quel être pathétique et sans saveurs suis-je donc?
J'ai presque envie de la libérer de cette vie qui la torture. Serai-je alors libéré de ces filles pour lesquelles je pleure? Une seule chose est sûre: mon bonheur est parti rejoindre ma morale dans le tombeau de l'oubli. Il sera vite rejoint par le seul amour envers moi qui en valait la peine.
La solitude est le pire des maux, "seul" est le pire des mots. Et si quelqu'un quelque part me comprend, se fera-t-il juge de mes tourments? Je sais mériter ce qui m'arrive mais cela n'a jamais consolé personne, ni réparé quoi que ce soit. Mais si Dieu me jugeait, m'octroierait-il la peine de mort ou la perpétuité?
Une âme se voyant arrachée sa moitié la remplace par de la douleur ou des illusions. Pourquoi la mort effraie-t-elle encore celui qui a perdu toute raison de vivre? Pour me suicider il ne manque pas le motif mais le courage et la lâcheté. Si je partais ce soir combien seriez-vous à pleurer sincèrement et non pas par convention?
Que l'amour sans réciproque est dur à porter quand on s'encombre déjà du cadavre de la vie, ce fardeau unanimement partagé.
Et si tu crois un jour que tu m'aimes...j'ai déjà trop souvent ressassé ce poème. Tristesse et douleur se sont mariées, mais de mon cadavre elles ne sauront enfanter. Même une césarienne ne me fera pas décrocher du cordon ombilical de la vie. Je suis une tâche bien trop tenace à effacer.
Mon être frissonne, qu'en sera-t-il du tien ? J'ai froid mas ce n'est pas qu'une question de température. Je reçois un message de celle par qui tout a commencé. Puis un autre peu après. J'écris à celle par qui tout finit, celle qui aura su égayer ma vie. Quand on ne peut tourner la page, combien coûte-t-il de la déchirer? Une des meilleures parties de mon âme avec elle partira en fumée.
Le sourire n'est qu'une grimace zygomatique superfétatoire et facile pour moi à contrefaire. Donc j'en donnerai à quiconque me demandera comment je vais. Mais en vérité je touche le fond et m'égosille peut-être dans le vide. Aucun écho à mes cris ne vient me consoler. Ai-je vraiment perdu toutes mes raisons d'exister, là n'est pas la question. Car au fond qui de l'humanité ne s'en invente pas pour caresser l'instinct de survie dans le sens du poil?
Une question au néant, une question n'appelant pas de réponse.
